Les recettes de grand-papa

Le stenope sépia La gomme bichromatée Le callotype


Ou, comment faire du vieux avec du neuf sans oublier son couteau suisse.

Adieu grains T, mesures matricielles ,autofocus et APS, et bienvenue dans le "Jurassic Park" de la photographie.

Un fragment d’ADN de Grand-Papa, miraculeusement réactivé m’a permis d’explorer la préhistoire de la photographie, à l’époque ou l’on taillait encore ses silex à la main, enfin, presque.

Alors, remisez vos monstres de technologie un instant, et souvenez vous qu’au début, il n’y avait ...

rien, ou du moins pas grand chose. Si ce n’est le principe vieux comme Hérode du sténopé, ou si vous préférez de la Caméra Obscura, enfin bref, du petit trou qui fait de si belles images.


LE STENOPE

Un peu de bricolage.

Matériels

et appliquez-vous s’il vous plait.

 

Découpez un carré de métal d’environ 5 cm de coté.

Posez le sur un morceau de carton.

Enfoncez à peine la pointe de l’aiguille au centre de la feuille métallique.

Voila, vous venez de former un minuscule cratère sur le métal. Retournez le morceau de laiton et polissez délicatement l’envers du trou. De cette manière, vous créez un trou minuscule, presque parfaitement rond et au bord très mince. Vous venez de fabriquer votre premier sténopé.

Ce n’est pas le moment de s’attendrir, vous aurez bien d’autres occasions pour ça.

Maintenant, allez vite rechercher votre appareil photo qui piaffe d’impatience dans la poubelle. Démontez l’objectif, jettez le où vous voulez car seul le boitier nous intéresse. Nous allons nous en servir pour ce qu’il sait faire de mieux: maintenir et transporter du film.

Le bouchon de votre boitier, ou est-il, il vous le faut ab-so-lu-ment. Débrouillez-vous, cherchez, fouillez, on vous avez pourtant bien dit de ne rien jeter ! En désespoir de cause, allez soudoyer votre revendeur préféré, il en a plein car le plupart de ses clients achète boitier ET objectif ensemble et ne s’encombre pas de ce précieux accessoire.

Ca y est, vous l’avez retrouvé, alors, n’hésitez pas. Après avoir grosso modo déterminé le centre de l’objet, faites-y un trou, et un gros cette fois-ci,au moins cinq mm de diamètre, 1 cm même, perceuse, couteau suisse, enfin débrouillez-vous comme vous pouvez.Et cessez de gémir, vous aurez d’autres occasions pour ça.

Maintenant, le but du jeu va être de fixer le petit trou dans le grand trou, ceux qui ont compris montrent aux autres s’il vous plait. Redécoupez la feuille de laiton pour qu’elle puisse se plaquer sur le bouchon coté boitier, centrez le sténopé du mieux que vous pouvez, collez, scotchez, enfin il faut que ça tienne et qu’il n’y ai pas de fuite de lumiére. Essuyez vos mains moites et cessez de vous plaindre, vous aurez bien d’autres occasions pour ça, car vous tenez entre vos main l’alliance de la technique moderne et du principe originel de la photographie. Emotion.

Vite, l’œil au viseur, un peu de patience pour vous accoutumer à la faible luminosité et vous distinguez sur votre dépoli UNE IMAGE !!!

C’est vrai qu’elle n’est pas très nette et vraiment très sombre, mais n’oubliez pas que nous sommes à l’age des cavernes, seuls les plus téméraires s’en sortiront.

Chargez votre boitier hybride avec un film plutot sensible et faites des test à différent temps de pose. Pour vous donnez un ordre d’idée, à 400 ISO les temps de pose varient entre une et dix secondes en extérieur ou avec un éclairage d’environ 1000 Watts. Dans un premier temps, je vous conseille d’oublier la diapositive et de commencer avec du bon vieux néga noir et blanc ou couleur.

Nus, portraits, paysage, à condition que cela ne bouge pas trop, les sujets ne manquent pas. Evidemment, travaillez sur pied, notez vos conditions de prise de vue pour pouvoir affiner votre technique et entrez dans le monde merveilleux de la diffusion subtile et des images éthérées.

Mise-au-point , quelle mise-au-point ??? Puisqu’on vous dit que c’est magique !... Bon, vous n’avez qu’a lire l’encadré si vous voulez comprendre.

Maintenant, vous pouvez pleurer, tellement qu’elles sont belles vos images.

 


Les virages sépia sans peine et sans odeurs.

Le noir et blanc, c’est beau, c’est même très beau, mais alors le sépia, c’est plus que beau et en plus c’est simple comme tout et pas cher à condition de "fabriquer" soi même ses produits.

Du brun-pourpre au marron chocolat en passant par de subtiles tonalités chaudes comme on les aime, on hésite plus, on courre chercher son petit nécessaire de chimiste.

le procédé que je vous propose, dont les résultats laisseront vos amis et votre famille béats d’admiration,porte le nom barbare de "sulfuration ", virage sépia pour les intimes.

La formule, exumée des grimoires de Papy est des plus simple et surtout SANS ODEURS.

Faites avant tout un beau tirage noir et blanc, baryté de préférence, mais pourquoi pas sur du RC (pour cette fois, je ferme les yeux mais n’abusez pas de ma gentillesse).Faites le un poil plus dense que d’habitude car le virage à tendance à affaiblir un peu l’image. Et soignez moi bien le lavage final ou je vais me facher tout rouge.

Les plus futés d’entre vous conserveront même leurs tests de tirage il pourront servir à tester vos effets.

La séquence de traitement se déroulera en deux étapes:dabord, le blanchiement de l’image qui la fera pratiquement disparaitre, puis la sulfuration qui la fera revenir dans de superbes tons bruns.

Allez, on se lance, éloignez les enfants, attachez le chien et mélangez moi vite fait bien fait :

Préparez maintenant votre bain de sulfuration en mélangeant:

Inutile de préparer ses bains trop à l’avance et jetez les après utilisation ainsi vos résultats seront plus réguliers.

Plongez votre tirage que vous aurez préalalement fait retremper dans l’eau pour favoriser l’action des produits dans le premier bain.A cette dilution, le blanchiement de l’image est très rapide. Pour pouvoir plus facilement le controler, vous pouvez sans problème rallongez la sauce avec davantage d’eau car vous vous rendrez compte par vous même que l’on obtient des choses très interressantes en ne blanchissant que faiblement l’image.Trés vite, il ne reste pratiquement plus rien de votre beau tirage, si ce n’est qu’une vague image marron. Ce n’est pas la peine de paniquer puisqu’on vous dit que tout va bien se passer. Lavez votre tirage ou plutot ce qu’il en reste jusqu’à disparition de la couleur jaune du papier. Maintenant, plongez le dans le bain de sulfuration, et miracle, l’image revient avec une couleur superbe. Une fois toute les valeurs de votre tirage revenues, un bon lavage final et le tour est joué.

Il se peut qu’il reste sur vos tirages des traces blanchâtres. Vous les neutraliserez sans pitié en faisant tremper votre tirage une petite minute dans 1litre d’eau additionnée d’environ100 cc d’acide acétique (celle la même qui vous sert à faire votre exellent bain d’arrêt) avant de relaver vos tirages.

La tonalité finale est fonction de votre papier, de votre révélateur, de la proportion de thio-urée, de l’épuisement des bains et bien entendu de l’age du capitaine. Vous imaginez sans peine que c’est à vous maintenant d’affiner la technique en blanchissant plus ou moins l’image et en variant les proportions des composants. Pour indication et pour simplifier un peu grossièrement, il faut savoir que les deux principes réellement actifs sont: le ferrycianure pour le blanchiement et la thio-urée pour la sulfuration.

La plus grande difficulté, c’est maintenant de rester ...modeste devant la beauté de vos œuvres.


La gomme bichromatée

Nouvelle recette pour la gomme bichromatée.

Pour 4 à 5 feuille en format 20x25:

Enduire sur un papier préalablement gélatiné à la gélatine alimentaire et tanné à l’alun de potasse. (2 ou 3 feuilles de gélatine “Vahinée” dans 100 cc d’eau chaude et 20 cc de solution d’alun de potasse en saturation*)

Exposition aux UV de 4 à 5 mn suivant la densité du négatif **.

Laisser tremper dans l’eau froide de 30 à 45 mn.

Les valeurs les plus faibles (les “blancs”) apparaissent spontanément. Dépouiller les demi-teintes sous un filet d’eau. 2 couches suffisent. NB:

* une solution en saturation se confectionne en diluant la poudre avec de l’eau jusqu’a ce qu’il resteune quantité de poudre au fond de la bouteille ce qui indique que l’eau est saturée de produit.

** ma source d’UV est constituée d’une lampe à bronzer à 4 tubes. Le sandwich néga + papier enduit est maintenu par un sous-verre mince à environ 10 cm de la lampe.

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c’est pour les esthètes courageux.

Bon, alors là, il va falloir suivre. La gomme, c’est du sérieux et ça se mérite. Ca sera long, difficile. Certains se décourageront, d’autres abandonneront après trop d’efforts infructueux.Mais ceux qui s’obstineront un temps soit peu pourront crier comme grand Papa et le Papa de Grand-Papa:"La gomme, ça le fait !"

Alors, Yo man et écoute ça:

il va falloir se procurer :

La gomme se présente soit sous la forme de poudre, soit sous celle de morceaux plus ou moins gros. Il faudra la faire fondre dans de l’eau pour obtenir un mélange de la consistance d’un sirop épais et laisser se décanter la substance qui risque d’être plus ou moins chargée d’impuretés diverses et variées.On ne se servira que de la partie du mélange exempte de particules. La gomme liquide est un milieu extrèmement propice au développement de toutes sortes de champignons, bactéries et organismes plus ou moins vivants de tout poils et de tout plumes. Il va donc valoir désinfecter la chose en additionnant au mélange quelques cristaux d’acide phénique ou phénol. ATTENTION cet acide est redoutable, ne le toucher sous aucun prétexte avec les doigts , faites en sorte qu’il n’ai aucun contact avec votre peau.

D’autre part, préparez une solution "en saturation" de bichomate et d’eau. En saturation, ça veut dire qu’il faut mettre du bichromate jusqu’a ce que l’eau n’en puisse plus et qu’il reste des cristaux insolubles au fond du bocal. Pas la peine d’en faire des litres, avec grosso modo la valeur d’une cuillère à café de solution de bichromate, vous pouvez faire deux ou trois tirages. Personellement, j’utilise des p’tit pots pour bébé recyclés pour contenir mes stocks de gomme et de bichromate.

Pour les pigments, les possibilités sont quasi infinis: aquarelle, encre de chine, colorants pour peinture acrylique, pigments en poudre pour artistes-peintres, pastels secs réduits en poudre, enfin bref, tout ce qui a une couleur un tant soit peu intense et qui soit soluble dans l’eau.

Le papier qui servira de support deva être suffisament épais et résistant à l’eau. Un canson type C à grain peut très bien faire l’affaire dans un premier temps. Par la suite, libre à vous d’utiliser de somptueux papiers pour aquarelle qui finiront vite par vous ruiner.

Il vous faudra réaliser un négatif au format de votre tirage, le procédé est un procédé par contact. Utilisez de préférence du film ortho. Il est spécialement conçu pour les travaux de laboratoire et se manipule sous éclairage rouge et se développe facilement en cuvette. C’est un film demi-teinte, c’est à dire qu’il restitue par des valeurs de gris les couleurs de la diapositive que vous agrandirez, au contraire des films "au trait" n’est apte qu’à restituer que du noir ou du blanc.

Agrandir une diapositive sur du film ortho, c’est le moyen le plus simple et le plus économique d’obtenir un négatif noir et blanc grand format. Mais rien ne vous empêche d’utiliser directement un négatif N & B fait à la chambre grand format,ou de réaliser à partir d’un négatif petit format dabord un contretype ( dans notre cas un positif N & B) par contact de votre néga et d’un film ortho puis d’agrandir sur le même support ce contretype pour obtenir un néga au format voulu. Pour commencer, vous pouvez facilement vous contenter du format 13 X 18.

En lumière atténuée, artificielle de préférence car le produit est surtout sensible aux rayons ultraviolets, mélangez en volume égal (une cuillère à café), gomme, solution bichromatée et pigment. Faites un mélange homogène de la texture d’un sirop pour la toux et étendez le tout sur votre feuille de papier en une couche régulière et le plus mince possible. Utilisez un piceau du type brosse, un petit rouleau en mousse ou un pinceau en mousse, plus pratique que le pinceau traditionel. Faites sécher votre feuille à l’abri de la lumière. Du mélange de la gomme et du bichromate au papier enduit sec, il ne doit pas s’écouler plus de dix minutes, utilisez un séchoir à cheveux pas trop chaud pour accélérer le séchage.

Placez le néga en contact avec le papier enduit, plaquez le bien avec une vitre mince (Trop épaisse, elle gènerait le passage des U.V.). Le plus simple consiste à utiliser un cadre type sous-verre à griffe et exposez le tout auX U.V. : lumière du soleil, de préférence à l’ombre découverte ou lampe à bronzer, dans ce cas pensez à protéger vos yeux. C’est ce qu’il y a de mieux mais j’ai réussi a obtenir des images avec la lumière d’un hallogène. Rien ne vous empêche d’essayer les néons d’aquarium ou ceux dont se servent sans doute certains d’entre vous pour leurs plantations illicites, ne niez pas, nous avons des noms.

Faites vos premiers tests avec une exposition de quinze minutes.

Plongez votre feuille dans de l’eau légèrement tiède et ... attendez.

Petit à petit, les partie les moins exposées à la lumière ( noires sur le néga) se diluent dans l’eau tandis que les parties les plus exposées résistent. Voila votre tirage qui apparait. Cette opération dite de dépouillage peut prendre un certain temp, voire un temps certain, 1/4 d’heure, une 1/2 heure,...ou plus. Vous pouvez, à vos risques et périls, effleurez délicatement l’image en formation avec un pinceau très doux et un doigté de dentellière, cela vous permettra soit d’accélérer le dépouillement, soit de détruire irrémédiablement l’image, tout dépendra de la solidité de votre gomme, c’est à dire de la proportion de bichromate, de la durée d’exposition, voire de la nature des pigments, pour ne pas parler de l’age du capitaine car il faut bien reconnaitre que le procédé est difficile à règler et à maitriser.

Si l’image refuse obstinément d’apparaitre, c’est parce que vous l’aurez trop exposée. Si toute la gomme se dilue dans l’eau, vous avez certainement affaire à une sous-exposition ou à un mélange qui manque de bichromate.

Pour en savoir plus :

stage gomme bichrommaté avec philippe BRESON


Bon, la préhistoire de la photo, ça vous a plu ? Alors,maintenant, à vous de jouer. Moi, c’est pas tout, il faut que je retourne dans ma grotte, j’ai un mamouth sur le feu.

à suivre ...